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Elémentaire de Peter Sohn: un pari réussi?

Avec un budget avoisinant les 200 millions de dollars, Pixar signe l'un des films d'animation les plus coûteux de l'histoire. Dernier fruit de la collaboration entre les studios et le réalisateur Peter Sohn, Elémentaire était en compétition à Cannes et aborde le vécu des personnes issues de l'immigration. Un choix qui aurait pu donner lieu à un film touchant et subtil, comme l'excellent Soul (2020) ou encore Vice-versa (2015); hélas ici, le résultat est plutôt fade et superficiel.

Le dernier Pixar est inégal. Visuellement, rien à dire: Elémentaire régale avec des couleurs éclatantes et de splendides animations. Element City et sa banlieue Firetown, principaux décors du film, fourmillent de détails réjouissants qui offrent au film un univers à la cohérence remarquable. Rien à dire, ou presque: les Flamboyants (les personnages appartenant à l'élément feu) sont à mes yeux les moins bien réalisés, alors même qu'ils sont au cœur de l'intrigue. En effet, Elémentaire suit le parcours de Flam Lumen (doublée par Adèle Exarchopoulos), dont les parents sont arrivés à Element City à sa naissance. Originaires de Fireland, ils sont confrontés au rejet des habitants de la ville, où cohabitent les trois autres éléments: les Aquatiques, les Aériens et les Terriens. La petite famille est donc reléguée à la banlieue de Firetown, où se concentre la population des Flamboyants. Ils y fondent un petit commerce, qui ne tarde pas à fructifier. Brul assure à Flam qu'elle en sera l'héritière lorsqu'il partira à la retraite. C'est alors que Flam rencontre Flack (Vincent Lacoste), un Aquatique entré par accident dans la boutique lors d'un dégât des eaux. Une intrigue amoureuse se développe alors, revisitant le thème bien connu de l'amour impossible entre deux jeunes gens que tout oppose: éléments contraires, ils n'ont a priori rien à faire ensemble. Elémentaire ajoute à la reprise de ce topos une réflexion sur le vécu des arrivants issus de l'immigration, inspirée de l'enfance de Peter Sohn lui-même. Pour autant, ce thème important est mal amené, traité en surface seulement. De même, les personnages sont assez superficiels: les véritables rêves de Flam ne sont vraiment abordés que dans la dernière demie-heure du film, ce qui est assez tardif. Flack, de son côté, n'a pas vraiment d'identité au-delà du fait d'être un Aquatique. Quelques remarques que Flam lui lance au cours d'un conflit soulèvent très furtivement des enjeux de classe sociale ("Gosse de riche, c'est facile pour toi..."), mais elles tombent comme un cheveu sur la soupe, et ne débouchent sur aucune réflexion profonde. L'histoire d'amour entre Flam et Flack absorbe tout le récit, rendant tous les autres obstacles secondaires (le problème de canalisations de Firetown, le refus de Flam de reprendre la boutique de son père). Heureusement, l'alchimie débordante entre les deux personnages est bien représentée: l'un des plus beaux passages du film est sans doute le moment où Flam et Flack se touchent pour la première fois, en dépit de leurs craintes. Une séquence qui témoigne de l'incontestable réussite visuelle d'Elémentaire, mais qui ne rachète pas les faiblesses du scénario.

 

Note: 2/5


Elémentaire, Peter Sohn, USA, 2023.

1 Comment


Antoine Mirone
Antoine Mirone
Jul 19, 2023

Ça donne vraiment envie d‘aller le voir au moins pour le côté visuel

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Chimères

© Chimères, 2023.

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